« Si l’homme parfois ne fermait pas souverainement les yeux, il finirait par ne plus voir ce qui vaut d’être regardé. »

« Les yeux seuls sont encore capables de pousser un cri. » René Char

Après avoir investi la constitution de l’être à partir du regard de l’autre dans les solos que j’ai créés depuis 2012, et par là, avoir enquêté sur certaines modalités du visible, je plonge maintenant dans un exercice de pensée par la vision où l’œil figure comme protagoniste d’un mouvement de capture du monde. Cette capture, qui n’est pas isolée de l’activité du regard, est prise en tant que constitution d’un danseur pensé comme réalisateur. Ce danseur est celui qui permet qu’une image de l’intérieur puisse s’expérimenter à l’extérieur, en passant de la vision du réel à la réalité, de la fouille profonde de soi à l’espace autour de soi, et d’un « voir » caché à l’incarnation de la vue.

L’oeil et la bouche forment la part exposée de ce danseur-réalisateur. Ils sont les organes mis en avant au fur et à mesure qu’ils accueillent et rejettent, voire cachent, un tout-reste assigné au domaine d’une invisibilité sans nom. L’oeil et la bouche sont moins des entités en soi que des moyens pour aller vers la saisie du monde dans lequel nous pensons vivre aujourd’hui. Ne serait-ce pas justement ce monde perplexe à sentir, à comprendre, à toucher, à voir, ce reste dont il est question ici? L’oeil la bouche et le reste propose de creuser la masse souterraine d’un monde que le visage nous importe de construire. Pour cela, nous prenons comme principe le jeu entre un geste évident à voir et un geste “pas clair” à regarder. Entre surface et profondeur, laissons émerger une danse qui mélange oeil et bouche, mains et peau, sexe et cheveux, clarté et mystère, animalité et latence, concept et magie.

Ce qui oriente ce mélange? La perte! Contrairement à l’idée selon laquelle voir signifierait gagner ce que l’on voit, acquérir, maîtriser; cette pièce s'articule autour des notions de non-saisissement, de dispersion, dépassement, débordement, de l’incalculable faculté de capter ici mais pas là-bas, du partiel, du fragment, du déjà-ailleurs. C’est autant valable pour nous danseurs, que pour vous regardeurs qui devez accepter de perdre ce que l’oeil n’arrive pas à traverser. À commencer par se perdre, c’est-à-dire parvenir à une certaine perte de soi qui n’est pas un abandon, mais une sorte de fouille intérieure vers la demeure d’un reste à regarder avec les yeux bien ouverts-fermés.

Volmir Cordeiro

Distribution

Chorégraphie Volmir Cordeiro

Interprétation Calixto Neto, Isabela Santana, Marcela Santander Corvalán, Volmir Cordeiro

Lumière Abigail Fowler

Design sonore Cristián Sotomayor

Costumes Lucas Ossendrijver, assisté de Boramy Viguier

Regards extérieurs Carolina Mendonça, Ana Paula Kamozaki

Production Donna Volcan

Administration / Production / Diffusion MANAKIN - Lauren Boyer & Leslie Perrin

Coproduction Le CND Centre national de la danse, Le Quartz, scène nationale de Brest, centre chorégraphique national de Caen en Normandie, dans le cadre de l’accueil-studio/Ministère de la Culture et de la Communication, le Département de la Scène Saint-Denis. Avec le soutien de l'Adami et d'Arcadi Île-de-France.