Voguing

Crédits photo : Mathidle Delahaye

BRUTAL

La première chose qui m’a frappée quand j’ai découvert la ballroom scene, c’est l’énergie brutale des vogueurs, leur rapport primaire à la scène (violent, nécessaire) et extrêmement sophistiqué à la performance comme combat, comme mise à mort, et comme exposition suprême. De quelle tragédie le voguing est-il l’ornement?

COMMUNAUTÉ

Il y a dans la communauté de la ballroom une codification très subtile et un champ lexical vaste, parsemé de néologismes et d’anglicismes (les origines étasuniennes du mouvement) qui emprunte au combat, à la joute, et au théâtre et qui naît d’une nécessité de nommer de nouvelles formes d’être, de nouvelles beautés, de nouvelles identités, que la sociologie n’a pas encore saisies. La puissance narrative et dramatique du voguing se tresse au désir subversif d’être qui l’on veut être, l’espace du ball.

RENCONTRE

Nous avons, avec Vanasay, fabriqué le contexte d’une rencontre entre deux pratiques spectaculaires, avec quatre vogueurs. Au-delà de la question artistique, la question sociologique, esthétique, politique, ne peut être éludée. Le réseau dans lequel s’insère la production du projet est un réseau de théâtre public, s’inscrivant donc dans une politique culturelle « officielle » et subventionnée, là où le voguing est une culture qui se développe en dehors des réseaux publics, en contestation même d’une culture officielle perçue comme excluante. De ce point de vue, la tension est très forte, mais en même temps très clairement, et sereinement exprimée. Les questions d'appropriation culturelle, le danger de la banalisation, de la dépolitisation de la culture de la ballroom, à laquelle les artistes sont très attachés, sont revenues à plusieurs reprises. Le passage (inéluctable?) d’une culture underground à une culture pop, est l’écho chez les vogueurs du pillage séculaire des cultures noires par les Blancs, et de l’appropriation comme vol, et malfaçon.

Les récits personnels de chacun des vogueurs ont tracé des lignes, entrelacs complexes d’histoires qui les ont mené au voguing, et qui se retrouvent, cryptées, dans leurs performances sur scène. Je lis à l’équipe de création la Lettre aux Acteurs de Novarina à chaque fois que l’on commence un projet, parce que c’est le mystère qui anime, au fond, mon désir de mise en scène. Jamais le dernier paragraphe n’avait résonné avec autant d’évidence -c’est-à dire sans métaphore-, quelque chose, brutalement (toujours brutal) s’est ouvert. « Chaque corps d’acteur c’est une menace, à prendre au sérieux, pour l’ordre dicté au corps, pour l’état sexué; et si on se retrouve un jour dans le théâtre c’est parce qu’il y a quelque chose qu’on n’a pas supporté. Dans chaque acteur il y a, qui veut parler, quelque chose comme du corps nouveau. Une autre économie du corps qui s’avance, qui pousse l’ancienne imposée.»

Distribution

Création 2019

Création  du 5 ou 9 novembre 2019 au Centre dramatique national de Tours-Théâtre Olympia

Mise en scène  Mathilde Delahaye Dramaturgie  Vanasay Khamphommala

Distribution - 3 vogueurs & 4 comédiens (en cours)  Franklin, Thomas Gonzales, Mickael Narbonnais, Axel Torvic, (…)

Scénographie Hervé Cherblanc Lumière & régie générale Sébastien Lemarchand Régie son en cours Costumes Yaël Marcuse & Valentin Dorogi

Administration / Production / Diffusion MANAKIN - Lauren Boyer & Leslie Perrin

Production  TNI / Théâtre National Immatériel ; l’Espace des Arts, Scène nationale de Chalon-sur-Saône ; Centre dramatique national de Tours-Théâtre Olympia ; Nouveau Théâtre de Montreuil - Centre dramatique national.

Coproduction (en cours) Comédie de Reims - Centre dramatique national, (…)

Construction du décors Ateliers du Théâtre National de Strasbourg

Mathilde Delahaye est artiste associée à l’Espace des Arts, Scène nationale de Chalon-sur-Saône jusqu’en décembre 2019, et au Centre dramatique national de Tours-Théâtre Olympia de juillet 2018 à juin 2021.

novembre 2018

Dates à venir

Aucune date n'est prévue pour ce spectacle